30.12.05

Hors-sujet

Quelques photos de Venise (et une du lac de Garde), sans aucune prétention, aucun rapport avec la khâgne, mais je ne peux m'empêcher, pour le plaisir des yeux, quelques derniers rêves avant le retour en enfer.




Bonne année !

22.12.05

Le croisement des chemins


Je me souviens, le premier soir le pere de famille, Siegfried, m'avait dit qu'un de ses collegues souhaitait me rencontrer afin de parler un peu avec moi. Parler? Oui oui. Ce monsieur, professeur de theologie et d'anglais au Gymnasium (lycee) est passionne de philosophie, et voudrait que tu lui dises comment se deroule l'enseignement en France, il est tres curieux, tres gentil. Sur sa table de nuit jonchent pleins de livres de philosophie. Il a ecrit des livres mais non publies, il propose une relecture ethique de Kant. Ah bon? Mais j'ai pas le niveau moi, je connais rien. Mais non mais non. Tu verras. C'est un original, tu vas voir.

Je l'ai rencontre aujourd'hui au milieu de la matinee, apres deux heures de cours avec Yann. Il faut changer d'ecole, on marche un peu. J'arrive a l'etage superieur, ou, chaleureux, il me fait patienter dans un hall avec des ordinateurs. Pendant mon attente, je jette un oeil: assez surrealiste. De jeunes adolescents font des jeux en ligne avec un gros casque sur la tete. Inlassablement. Un professeur passe, l'air deconcerte, crie quelque chose a un joueur, celui-ci avec son gros casque n'entend rien, et continue son chemin en poussant un rire. Une lumiere diffuse illumine ce hall ou je me sens si...francais. Il revient me chercher, nous franchissons une salle de professeurs gorgees de friandises sur les tables, on passe un corridor, puis nous arrivons dans une petite bibliotheque, ou nous restons une heure.

Ainsi par une coincidence amusante, par une chance sans pareil, je me retrouve plonge entre philosophie et allemand, ces deux matieres que j'hesite a meler l'annee prochaine pour faire une double licence. L'occasion est unique, je m'investis.

Nous parlons de beaucoup de choses, uniquement en allemand ou presque. Quand je ne comprends pas, il me traduit en francais, sans erreurs, il a lu beaucoup de philosophes francais. Il me demande d'abord pourquoi je veux eventuellement etudier la philosophie, puis je lui detaille l'enseignement francais, il semble rassure et nous envie beaucoup, car en Allemagne, a ce qui pourrait correspondre a la classe de Terminale, la philosophie n'est pas obligatoire. Puis il commence un long monologue, seul. Il m'explique pourquoi il refute Levinas, me donne son interpretation de la philosophie hegelienne, tripote ses bouquins pour me faire comprendre des nuances subtiles entre l'etre et l'apparaitre pour finalenement dire qu'il n'y en a pas, et commence a elaborer son propre systeme philosophique.

Il est fortiche. Il est brillant. Ouah! Je me retrouve dans une petite salle avec un philosophe intime, bienveillant et tres curieux.

Alors quand ca devient trop dur, je me retracte et reflechit sur moi-meme. Voila les plaisirs qu'on peut tirer en melangeant ces deux matieres: celui de poser des concepts plus clairs dans une langue plus minutieuse que la notre. Ca j'adore. En second lieu le partage des cultures. Je lui parle volontiers du fonctionnement l'enseignement. Mais voila. Quelque chose bloque. Comme cet ete, je renonce en moi-meme a la philosophie. Non non trop abstrait. Depuis le debut nous voila assis a parler de tables et de chaises et a reflechir sur leur mode d'existence. Non non. Ca ne correspond pas a mon esprit, c'est autre chose que je veux.

A la fin, echange d'e-mail, il serait tres content que je continue dans cette voie, trouve que j'ai l'esprit critique. Et en prime je recois un livre en allemand bien sur sur Hegel, sa vie, son oeuvre. J'hesite entre l'emerveillement et le sourire, je le remercie. Et comme un grand je prends le bus tout seul pour rentrer, petit Francais qui s'interroge en silence dans un bus bien rempli.

19.12.05

Quelques nouvelles d'Allemagne

Comme cette petite croisiere est intimement liee a la khagne, je vais pouvoir en parler un peu sans trop m'eloigner du sujet initial. Sans accents cependant, car le clavier differe.

Ma famille est tres accueillante et je dois tout le temps m'exprimer en allemand pour me faire comprendre. J'y arrive a peu pres, sauf quand je ne fais aucun effort pour la prononciation, par fatigue, du coup au lieu de dire "tas" ils comprennent "poele". Je saisis assez bien quand on me pose des questions, ou meme les blagues. Par contre des qu'une conversation independante a lieu dans mon champ auditif je suis totalement perdu.

Aujourd'hui premier jour d'ecole avec Yann, le fils. Religion, Francais, Art, Anglais. Stupeur des mon entree en classe: il est d'usage d'entonner un chant chretien (mais je n'apprends que plus tard que c'est une ecole privee). Je suis marque par l'ambiance dans la classe. Tres bonne. Mais ils parlent entre eux, et le professeur continue inlassablement. Ils s'en foutent. En anglais le prof reste dans un coin de la piece et nous met une cassette de Mr Bean, qui fait rire la moitie des eleves. J'ai bien aime le cours d'art, j'ai vaguement compris que ca parlait d'abstraction dans la peinture et de lignes dans l'architecture.

Il neige selon l'heure depuis deux jours. Les paysages sont d'un blanc maussade mais poetique. En les scrutant je suis inlassablement porte a la reflexion. Pourquoi etudier l'allemand, car je n'exulte pas ici. Je n'ai plus trop de plaisir a m'exprimer. Je me souviens de cette joie enfantine encore qui me saisissait quand je le pratiquais cet ete pres de Stuttgart. La magie fut. En pays etranger je n'ai plus cet appetit de curiosite bien que je pose plein de questions. Donc je reflechis. Je me perds. Ca ne me rejouit guere.

16.12.05

Départ pour ... ?

Voila. Hier au matin le fléau tant redouté s'extirpait de nos vies et nous pouvions prendre nos première bouffées de vie tant désirées. Le temps se détendait, à la hauteur de nos espérances. Langueur en longueur, enfin. Et pour la première fois ce sont de vraies vacances qui s'annoncent, peu de travail ou presque, depuis si longtemps.

Des souvenirs de l'année dernière ressurgissent. Il y a un an exactement, fin du concours blanc. J'étais rentré chez moi totalement désemparé. Il suffit de regarder la Courbe du Moral que j'avais tracée en hypokhagne. Je n'acceptais toujours pas ma section. Ces vacances furent horribles. Curieux, tout change trop vite.

Demain départ pour. Pour. Pourquoi? Quelques jours en Allemagne, séjour dans une famille que je ne connais pas, pour progresser soi-disant. Bizarrement ce n'est pas la joie qui m'envahit. Je n'ai pas envie de me sentir lier à la khâgne là-bas, et c'est pourtant le but de la démarche. Pierre tu es en khâgnes donc tu dois parler allemand. Un voyage prévu à la va-vite, tout quitter en vitesse, déjà, quelque chose bloque.

Et puis après quelques jours à Venise en famille. J'ai de la chance. Mais.
Mais. C'est peu descriptible. Ce n'est pas de l'éloignement que j'ai besoin, autre chose, autrement. Autrailleurs.

Bonnes fêtes à tous. Peut-être écrirai-je un peu si je dispose d'une connexion.

14.12.05

Le khâgneux en concours blanc

Un khâgneux en concours blanc & un khâgneux pendant l'année, c'est le jour et la nuit.

Le khâgneux de concours blanc est d'emblée irremédiablement dépassé par les évènements. Les épreuves proposées sont impossibles, et la peur de rater l'a quitté depuis bien longtemps, la cas échéant l'asile l'aurait accueilli depuis un sacré bout de temps. D'un autre côté, un petit frisson de plaisir le parcourt à l'idée de se mesurer à l'Impossible: il accomplit quelque chose de Grand.

Le khâgneux de concours blanc ne révise pas. Du moins c'est ce qu'il prétend devant ses semblables. Olala je me suis mis à révisé à 21h tu te rends compte. Pfff j'ai relu le cours vite fait mais j'avais mal pris les notes alors c'est comme si je savais rien. C'est horrible, moi j'ai appris mais je ne me souviens plus de rien.

Le khâgneux en concours blanc s'il révise adopte un mode de vie curieux. Les heures de sommeil sont bizarrement réduites, au point que deux gros cernes viennent teinter d'une couleur sombre des yeux alourdis par le poids de la vie. Ils ressortent d'ailleurs sur les visages les plus pâles, ce qui ma foi confère un certain esthétisme. Sa démarche pendant cette rude semaine est plus lente, les pieds traînent. Les repas diminuent, car manger prend du temps. Et, cela semble concerner surtout les mâles, on se lave moins. Car prendre une douche quand le hibou chante, plus l'courage.

Avant de rentrer dans la salle, le matin, quand il fait encore nuit, le khâgneux en concours blanc regarde son camarade une dernière fois, l'oeil picotant, et lui dit au revoir d'un ton solennel. Une longue séparation de cinq heures. Parfois quelques embrassades. Ce n'est qu'une rude épreuve. Ca passera. Une fois dans rentré, il s'installe vite dans les derniers rangées pour être sûr de ne pas être dérangé. En sortant, il observe un moment de silence, et évite de reparler de ce moment funeste avec ses pairs. Tu viens au cinéma pour te changer les idées?

Le khâgneux en concours blanc est obsédé par une pensée, celle de la fin. Il sait porter son regard au delà de ce carême. Le mot vacances le taraude, les pensées d'un futur agréable caressent son esprit, il réfléchit à tout ce qu'il pourra accomplir de Bien dès que rententira la dernière sonnerie.

Enfin, il est pathologique que certains khâgneux pendant leur concours blanc viennent décrire cet état d'un oeil amusé, un plaisir amusé à se complaire dans un épisode affreux, qui n'est pas si affreux que ça.

11.12.05

Un accoudoir se volatilise

J'ai fait une découverte. Ni passionnante, ni réjouissante. Dès que le travail demandé à l'école a commencé à être plus lourd et difficile, en gros à partir de la terminale, j'invoquais toujours le même cantique qui me rassurait: on est tous sur le même bâteau Pierre, et tu as sûrement bossé autant sinon plus. Si toi tu rames, eux aussi.

L'année dernière ce fut bien plus que des paroles réconfortantes: une arme. Tout ce qu'on nous demandait de fournir était clairement impossible, 24 heures dans une journée ne suffisaient pas. Et notamment pendant les concours blancs, moments paroxystiques, j'étais quasi-obligé de me dire, pour ne pas désespérer, que non je n'étais pas seul, et que oui nous allions tous nous foirer, et que j'étais aussi bien préparé -bon et en fait ça marchait, à mon habitude je me faisais du souci pour rien.

Seulement cette année cette valeur se renverse. L'excuse on est tous dans la m.... n'en est plus une. Car à Lakanal, beaucoup sont là pour avoir le concours de l'ENS, donc ils bossent tous autant que moi, sinon plus -bien nos motivations divergent probablement. Et quand bien même ils ne bosseraient pas, ils ont des facilités, car ils sont arrivés jusqu'ici, j'en connais. Du coup ce désespoir calculé qui m'a servi jusqu'ici ne m'est plus d'aucune aide. Car ici les gens se battent, contre eux-mêmes ou pour le concours -mais jamais contre d'autres et heureusement!- et leur investissement porte ses fruits.

Je n'ai pas le choix: je dois aller de l'avant, sans plus me comparer.

9.12.05

Retournement (titre changé en cours d'article)

Les heures passent lentement pendant un coucours blanc. Les jours eux aussi s'alourdissent. Hier ce fut comme d'habitude en allemand une réjouissance: un thème d'Anatole France sans indications cette fois-ci. Je pronostique 2/20. Qui sait, on peut toujours rêver. Et là je sors des lettres, cinq heures à réflechir à la citation de Roland Barthes "Nul mieux que Voltaire n'a donné au combat de la Raison l'allure d'une fête". D'ailleurs je fais une parenthèse: en faisant le copier/coller de cette citation, mon oeil vient de glisser sur la suite que le prof ne nous avait pas donnée: "Tout était spectacle dans ses batailles".

Aïe!

J'ai survolé le côté spectaculaire. Cet évènement imprévu m'oblige donc à repenser le projet initial de cet article. J'allais écrire que j'étais content de moi, par ma réflexion, que j'avais adoré le sujet car il ouvrait une autre horizon, que pour une fois j'avais bouclé ma dissert, que les parties tenaient presque en équilibre et que les lettres devenaient un plaisir dans ce genre de situation. J'ai frôlé ce lyrisme. Ce bout de citation à l'instant découvert m'oblige à tout repenser! Aïe Aïe Aïe. Plus j'y pense plus j'ai peur. J'ai interprété le mot fête comme synonyme de plaisir et de joie -ce fut mon fil directeur- sans faire de lien avec les fêtes populaires de l'époque, qui effectivement misaient énormément sur le spectaculaire, surtout par le symbolique des accessoires. Par exemple les déguisements du carnaval auraient été très appropriés ici.

Aïe.

Erreur sémantique. Pour moi la fête est avant tout un amusement mais cette définition correspond plus à la fête du XXe siècle qu'un jeune homme fait avec ses amis -on se réunit, on passe du bon temps, sans rituel précis ni attaque particulière contre un objet- qu'à celle du XVIIIe dans les rues de Paris, image que Barthes avait en tête. Fichtre! Je n'aurais pas dû écrire cet article. Que dire maintenant? mon optimisme s'efface et même celui de Voltaire ne me réconforte. Bien que je trouve cette bévue quelque peu amusante.

5.12.05

D'une année sur l'autre...

Je me souviens les quelques jours l'année dernière qui précédaient mon concours blanc. Le monde se tailladait sous mes yeux impuissants. J'étais littéralement mort de peur! Cette ankylose qui m'empêchait de relativiser. Et ce complexe qui se renforçait quand je voyais la plupart de mes camarades aussi joyeux qu'avant, détachés, sifflotant dans les couloirs sans cette vision catastrophique de la situation. Réviser. Apprendre. Connaître par coeur. Organiser. Réfléchir. Trier. Lire. S'enfiler les bouquins. Ficher. Fait chier. Des verbes achevants. Que je maudissais et dont j'espérais bien me détacher définitivement l'année prochaine.

Et là. Respirant presque tranquille le coeur apaisé. Je vois les épreuves venir comme les canards sur une marre: d'un oeil amusé. Une ironie une mise à distance. Non point ce désespoir de me voir choir qui me taraudait. Non plus cette crise de conscience. Plutôt une prise de conscience. Conscience que la panique n'est plus cette année une arme de combat. J'ai mûri. Conscience que ce concours blanc est presque contingent de la suite des évènements -si ce n'est ma déception temporaire à la lecture des notes, et d'ailleurs un 4 ça ne me fait plus grand chose maintenant. Conscience que le monde extérieur existe, ses grandeurs et ses faiblesses, monde dont je ne suis prisonnier. Ce que j'ai un peu trop oublié il y a un an.

Cela commence jeudi avec un thème d'allemand. Chic!

3.12.05

J'ai mal au genou

Depuis une semaine mon genou gauche me fait mal quand je le plie trop. Une douleur inconnue, sans trop d'intensité, mais gênante tout du moins. Pierre tu divagues mon cher. Tout le monde s'en fout. Mais non. Je crois pouvoir interpréter cette anomalie. Depuis que je suis tout petit je fais du sport normalement au moins fois par semaine. Même l'année dernière je me forçais le dimanche soir à me battre à suer à dégouliner au tennis. Au début de la khâgne deux joogings, un tennis. Et après plus rien. Effort physique gommé, habitude déracinée. Le temps me manque. Je travaille beaucoup et pour me donner l'illusion que je ne suis pas qu'un accro je lis dans les moments vides ou je sors. Au détriment de mon corps. Je crois que mon pauvre genou est perdu et ne comprend pas ce nouveau mode de vie que lui imposent les circonstances extérieures. Lui qui se targuait d'être mon appui solide pendant les heures sportives se retrouve maintenant relégué en dernière place, le cerveau numéro un sur le podium. Un peu impressionnant quand même. La prépa m'aliène une petite partie de mon corps qui sera à nouveau perturbée quand je me remettrai à me dépenser sûrement l'année prochaine. J'espère que le comble ne se produira pas, à savoir un genou qui se replie petit à petit, pour devenir tout bonnement cagneux.

1.12.05

Poésie et ressenti

L'année dernière je découvrais la poésie. C'était une sorte d'initiation, et je me souviens encore de nos ohhh émerveillés devant les vers aux résonnances profondes. Et quand je les relisais pour les révisions, je me disais sans trop y croire qu'il serait bon un jour d'en apprendre quelques-uns, de les graver de manière indélébile.

Et voilà. Je ne saurais trop l'expliquer j'ai commencé il y a une semaine. Ca m'a pris soudainement. Envie subite d'imprimer Elevation de Baudelaire et de commencer la tâche auparavant désirée. Il y a du rationnel dans ce choix. Plaisir de la langue. Faire travailler la mémoire. Entrevoir des possibilités de les déclamer un jour avec un brin de fierté. Il y a du plus obscure aussi. Obsession de vouloir se cultiver. Obsession de vouloir créer une sorte de socle parallèle et duratif.

Connaître un poème est une nouvelle expérience. Je me récite les vers dans la rue pour m'assurer de les avoir toujours en tête. Des images se plaquent sur les vers, non-réprésentables picturalement mais pourtant présentes à l'esprit. Et surtout ce sentiment étrange de porter avec soi une épave, en quelque sorte un fond inamovible et solidement accroché, résistant aux intempéries sensuelles et matérialisant une culture immémoriable.

Et je garde en tête ce qu'un ami m'avait dit sur Mittérand: "tu te rends compte, il apprenait un poème par jour!".

Nouvelle lubie?