16.6.06

Crachats de noyaux & Cie

C'est à celui qui crachera le plus loin. Un deux et trois. Mon noyau de cerise effectue sa trajectoire, belle et courbe, et disparaît pour aller se fondre aux graviers brûlants. C'est à cela qu'on joue dans le préau, en ce dernier cours d'allemand. D'ailleurs mon prof enrage, il est en train de se faire battre. C'est que je suis pas trop mauvais à ce jeu-là. Gonflement de la poitrine, accélération du coeur. De tous mes tripes, je fomente l'expulsion. Il faut qu'elle soit spectaculaire. Je quitte Lakanal pour de bon. Catapulté dans l'ailleurs. L'image est très juste. Une expulsion sourde et profonde. Puis les ricochets. Tout coule, et c'est comme ça.

***

Trombes d'applaudissements que vivifient nos tronches ahuries. La salle entière gronde. Le professeur de lettres vient de prononcer ses derniers mots à ses derniers élèves. Sa carrière se termine par quelques phrases, quelques phrases exaltées auxquelles nous étions habitués. Le geste au théâtre. Le geste, la parole. Le geste surplombe la parole et se transmet dans la salle. C'est ça le théâtre les enfants.
Vingt ans de pédagogie du bonheur, d'érudition généreuse. Applaudissements donc. Une personne se lève, imitée très rapidement par les quatre-vingts restantes. L'émotion transperce chaque visage. Ca doit être ça, l'apothéose chez un professeur.
Après le cours, un spectacle, un autre. Une composition musicale d'un élève, une vraie. Guitare à la main. Je suis au fond. Je n'entends pas les paroles mais je suis braqué sur ses déambulations scèniques absolument ahurissantes. Puis un sketch. Tour à tour des candidats se présentent pour le poste de lettres vacant, c'est-à-dire pour "remplacer l'Irremplaçable" selon leurs mots. Ce sont les théâtreux. Ils se démerdent bien. Les adieux finissent par un dernier pot. Je les regarde une dernière fois, condisciples brillants.

***

Le parc du lycée s'en va lui aussi. J'en aurais pas assez profité. Allez, je m'allonge. Accepter les angoisses qui se pointent. Une grosse séparation, certes. Comme on en voit tout le temps. Non alors, ça ne vient pas de là. Pas exactement. J'entends depuis plusieurs semaines des croquis de carrière. Des croquis alléchants, aux traits bien solides et griffonnés de promesses. Jean va dans cette école-ci. Paul va suivre son cursus à la fac. Et Pierre ne sait pas bien. Il sait juste qu'il se réoriente en partie l'année prochaine. C'est pas normal. Pierre s'en fout de Paul et de Jean. Il demande encore un peu de temps.

7 Comments:

At 6:39 PM, Anonymous Anonyme said...

Maux d'un passant, qui s'apPaul Pierre et qui connaît un Jean...

Adieu Lettres modernes, bonjour Lettres classiques !

Tu as le sens des "départs", tu sais... dans les deux sens du "terme" (dans ses deux sens encore)

 
At 7:38 PM, Anonymous Anonyme said...

Tu connais l'hymne des khâgneux?
(Sur l'air de la grande marche d'Aïda)
Vara, tibi Khagna, Vara, celebrat gloriam,
Splendidissimam, nequaquam a strassa destructam, parrapapam.
Vara, tibi Khagna, Vara, dat honores multos,
Contra doce nos quomodo in tutto boiresanzo.

Exaudi nos, Vara. Ignosce nos, Vara, nostras culpas, Vara, Vara, Vara.

Vara, tibi Khagna, Vara, celebrat gloriam,
Splendidissimam, nequaquam a strassa destructam, parrapapam.
Vara, tibi Khagna, Vara, dat honores multos,
Contra doce nos quomodo in tutto boirosanzo.

Vara, tibi Khagna, Vara, celebrat gloriam,
Splendidissimam, nequaquam a strassa destructam, parrapapam.
Vara, tibi Khagna, Vara, dat honores multos,
Contra doce nos quomodo in tutto boirosazo.

Eia eia eia, vivat Vara,
Pereant barbari administratioque

 
At 10:13 PM, Blogger Pierre said...

Mais d'où vient cette hymne déjantée? (en plus je ne comprends pas tout!)

 
At 10:50 PM, Anonymous Anonyme said...

C'est un hymne qu'on se transmet de générations en générations, je ne sais pas à quand il remonte. Moi on me l'a chanté en khâgne en 1992. Au départ une blague de potache sûrement, vara c'est la chouette je crois.

 
At 4:27 PM, Anonymous Anonyme said...

moi je le chantais déjà à St Sernin à Toulouse en 1980 ! ouh l'ancêtre !!!!
Fidèle lectrice de ton blog même si je n'ai jamais rien écrit... Bonne chance !

 
At 8:29 PM, Anonymous Anonyme said...

Bravo pour ta sous-a Pierre !
en regardant les feuilles qui sortaient de l'imprimante du secrétariat, série langues vivantes, j'ai pas pu m'empêcher de m'écrier "hey, pierre schneidermann est sous-a !" mais si, vous savez, le fils de...
bon okay, à ce moment là, tout le monde s'en foutait, mais moi ça me faisait plaisir de savoir que le blogger de l'autre bout de la france que je lis depuis deux ans termine sa khagne sur la même liste que moi! (je me trouve série lettres & arts, pas peu fière :))
Bon courage pour la suite, après la sous-admissibilité, la conquête du monde ne devrait être qu'une formalité !

 
At 10:11 PM, Blogger Pierre said...

hey merci anouck. J'espère que tu as estomaché tes professeurs qui apparemment ne vous encourageaient pas du tout! Bonne chance à toi

 

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