24.4.06

Et voilà.

Jusqu'au dernier moment je n'y croyais pas. Il y aura un accident. Je serai malade. J'ouvrirai les yeux, ça ne sera qu'un songe. Mon réveil se mettra en grève, le métro sortira des rails et le bus déploiera ses ailes pour me ramener. Pourtant non. A huit heures pétantes je me retrouve immergé, pris par le flot des khâgneux de la région parisienne. Tous décontractés en apparence. Personne ne révise, pourtant il nous reste encore une heure. Ah si, j'en vois une seule là-bas perchée sur un petit promontoire.

Je vole. Michelet, Lakanal. Ils sont tous là. Je fais des petits bonds entre mes deux années. D'un groupe à l'autre, rien n'est pareil. Ces deux grosses marmites dans lesquelles je me suis jeté successivement, température de l'eau à toutes les sauces. Pourtant je suis resté le même. Je comprends pas. Sous mes pas vibrent chants et souvenirs. Personne ne s'en rend compte, c'est certain. Je joue un peu de guimbarde pour me détendre.

Et puis au bout d'un moment il faut bien. Il faut se rendre dans la grande salle, la salle Royaume-Uni. C'est chic la reine nous reçoit. Nous ici tous réunis. En ce premier jour de concours. Nous célébrons les noces de fin d'année. Noces de pailles, tu parles. Pour le meilleur et pour le pire. 11 rangées de 20 colonnes paraît-il, faites le calcul. 36 admis en tout sur 3000 candidats dans toute la France. On repart?*

Allez, il faut y aller. Tout le monde assis, et en vitesse. Sur ma table, le feuille glauque de l'éducation nationale. A petits carreaux. Brouillons bleus. Est-ce que je vais sauter des lignes ou non? Ecriture serrée, condensée, la feuille des possibles, des étincelles et des larmes.

Instructions sur le déroulement de cette semaine avant de commencer à gratter. Pas de calculatrice. Pas le droit aux documents. Pas aux dicos. Sauf hébreu. Sauf japonais. Arabe aussi. C'est exotique ici. Pour le chinois on a le droit d'utiliser deux dictionnaires. Ce nous fait une belle jambe.
Quelques derniers coups d'oeils malicieux à mes camarades avant de retourner la feuille du sujet.

Il est 9h05 vous avez 5 heures.

"Teminer la Révolution, 1789/1815". Je m'en sors pas trop trop mal. Eloge des performances mardi prochain. Peut-être avant.

* Erreur de ma part: 36 admis par spécialité, non en tout. Ouf. Honnêtement, ça ne change rien à mes yeux (ajouté le 26/04).

15.4.06

Qui soutenez-vous?

On redécouvre des choses plaisantes pendant ses révisions. Dans les Lettres philosophiques, Voltaire répond longuement, dans la XXVe lettre, à quelques propos de Pascal tirés des Pensées. A chaque fois s'opposent clairement deux visions de l'homme, du monde, de l'homme par rapport au monde. Notamment celle-ci, qui m'amuse beaucoup:

"XXV. Ce n'est pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement; car il vient d'ailleurs et de dehors; et ainsi il est dépendant, et par conséquent sujet à être troublé par mille accidents qui font les afflictions inévitables.

Réponse de Voltaire: Celui -là est actuellement heureux qui a du plaisir, et ce plaisir ne peut venir que de dehors. Nous ne pouvons avoir de sensations ni d"idées que par les objets extérieurs, comme nous ne pouvons nourrir notre corps qu'en y faisant entrer des substances étrangères qui se changent en la nôtre."

Alors? Qui est le plus convaincant? Rigolons un peu. Je soutiens cette fois-ci Pascal, ce "misanthrope sublime". Ce divertissement dont il parle, d'ailleurs toujours d'actualité, si l'on s'y accroche, se révèle vite source de maux, de déceptions tant ses aléas désavouent les aspirations de l'homme à la constance. Il est d'ailleurs facile de voir que cette dépendance influe sur la vision que peut se faire l'homme de lui même. Je suis dépendant donc fini, alors je reste dans le divertissement, qui est à ma ma mesure. Le divertissement soulage, et à la différence du loisir, je pense qu'il n'est peut être véritablement fin en soi. Deuxième point: Voltaire semble pousser à l'extrême la doctrine sensualiste. Si nos sensations et nos idées semblent ne nous venir que de l'extérieur -ce qu'il faudrait encore démontrer- le problème n'est pas tant de connaître leur origine que de savoir ce qu'elles deviennent à l'intérieur, les représentations variées que nous pouvons en faire, l'alchimie secrète opérée, et la vision du monde personnelle qu'elle induit par rétro-action. Hélas ces réflexions restent futiles. Le terme de bonheur n'est pas défini. Voltaire semble simplissimement l'associer au plaisir, piètre définition. On peut l'entendre de mille manières, il faudrait alors recentrer le débat.

Alors, Voltaire ou Pascal?

12.4.06

Déjà la rentrée!

Après trois jours de repos a l'extrême-ouest de l'Hexagone, me voilà de retour pour travailler, dernière ligne droite. Pour moi, c'est comme si c'était la rentrée. Autant dire que je vais même me défoncer. Le concours de l'ENS commence dès le lundi 24. Je campe sur mes positions: il ne m'interesse toujours pas. Mais je ne peux m'empêcher de le préparer à fond. Surmoi. Autodépassement. Goudurix. Allez savoir.

A la rigueur, ce ne sont pas les révisions qui demandent le plus d'effort. C'est bien plutôt de tenir son planning. Aujourd'hui, j'ai perdu: j'ai dépassé. C'est un jeu palpitant. Excitation jusqu'au dernier instant. Je comptais finir vers 20h. Mes rêvasseries m'ont traîné jusqu'à 22h! Tant pis pour mon documentaire que je voulais voir! T'avais qu'à te concentrer! Idiot, incorrigible. Mille pensées m'effleurent, j'enrage, je peine sur chaque page.

Tiens! Une chose que je n'ai pas bien réalisée. L'année est finie. Je retourne en cours dans un mois tout pile simplement pour préparer l'oral. La khâgne est terminée, vous y croyez? Et là encore j'aimerais tirer le bilan. Pas le temps. Pris d'assaut. Je ne sais même pas. Peut-être devrais-je être mélancolique. Ou joyeux? Effacement des valeurs. A suivre. Je ne pense pas réécrire d'ici la première épreuve. Sauf si.

4.4.06

Lakanal prend le relais

J'arrive avec mes meringues préparées pour un énième goûter en cours d'allemand, prévu à 8h. Je m'y attendais: les élèves sont attroupés au portail, l'air emmerdé. Ils l'ont donc fait. Les internes avaient prévu de bloquer le lycée pendant 3h, acte symbolique de solidarité. Décision votée en pseudo-AG la veille. Choix peu démocratique dénonceront certains. Aussi curieux que les autres, je m'attarde devant la grille, j'entends du fracas derrière la porte. On me souffle que ce sont les flics -j'apprendrai par la suite qu'il n'en était rien. J'hésite. Je rentre? Je vais déjeuner avec les autres dans le parc de Sceaux juste en face? Evidemment que je veux voir l'état du lycée! je reste.

Beaucoup se faufilent par les fenêtres, je fais pareil. Mon entrée habituelle est celle du haut, moins usitée que l'entrée principale. J'écarquille bien fort les yeux. Tables, chaises, grilles, tableaux défoncés, bancs. Tous jonchés devant cette entrée du haut, de l'autre côté de la porte. Joyeux bordel. Certains tentent tant bien que mal de les enlever. Fourmillère désordonée, conflictuelle. C'est presque les sport-études rugby qui font tout. Malgré le contexte, le cours des HEC commence. Enervement de certains, ils foutent tout en l'air ceux-là, les bloquant alors dans leur salle, puis annulent leur action, trop dangereux. Entrée principale: élèves à la rue, banderoles des organisateurs. Des énormes troncs d'arbre déplacés pour entraver tout mouvement. Négociations avec les policiers, qui restent à l'entrée. Participation importante des lycéens aussi.

Je me balade. Journée ensoleillée. J'aide un peu aux actions, déplaçant quelques trucs par-ci par-là, sans grande fierté. Pour me marrer, je fais même le garde devant l'entrée quelques minutes, essuyant les injures des pas-contents. Si j'adhère, c'est pour deux raisons: répondre aux deux jeunes cons de Janson-de-Sailly (16e) interviewés au journal de 20h quelques jours plus tôt, qui m'ont littéralement obsédé: "Nan. Nous on est en prépa. On va en cours. De toute façon plus tard on ne sera pas concerné par le CPE! D'ailleurs, cette mesure est très bien pour les autres, on ne comprend pas qu'ils aillent manifester dans la rue". Je les auraient coulés ces deux-là, fringués comme des starlettes. Imbéciles, bardés de tous vos diplômes vous aurez autant de mal. La filière technique fera fortune plus tard. Deuxième raison, par solidarité avec les facs.

Tout s'est bien passé. Les bloqueurs ont tout rangé après, les cours ont normalement repris. Action réussie. Ensuite je me fais un petit bilan. Trois heures chez nous, 1 mois 1/2 à l'université. Equilibre bien précaire!