Chrono(patho)logie
Chouette chouette notre sujet d'histoire cette année c'est la Révolution Française. Va y avoir de l'action & des rebondissements. Telle fut ma réaction en début d'année.
Arghh notre sujet d'histoire cette année quelle poisse, c'est la Révolution Française! Ca c'est ma réaction plus récente.
Retournement de situation. Je me suis rendu compte que la chronologie et moi, on fait trois. Et voilà qu'on tombe sur un des sujets où les dates se condensent plus que jamais sur une si petite période. En effet, ma mémoire a beaucoup de mal à enregistrer les dates puis à les remettre ensuite dans un ordre (chrono)logique. Et concrètement quand je me récite mon cours à moi-même je suis stupéfait de tous ces petits trous dans le cours de l'Action.
Des ptits trous, des ptits trous encore des ptits trous. Inoffensifs en apparence. Mais non! Totalement redoutables. Il est impossible de construire quelque chose sans ces petits points qui forment le squelette d'analyses plus profondes. C'est bien ce que m'a reproché mon colleur -d'ailleurs il suffit de voir la note- qui m'a conseillé de taper un grand polycopié et de l'apprendre. Trop tard le prof nous en a distribué un. J'apprendrai celui-là. D'ailleurs j'ai commencé et je souffre. Tout se mélange. Juin les Etats généraux puis la chute du roi et ensuite les Jacobins les Montagnards la Terreur patati patatra.
Disons que ma mémoire est d'une part conceptuelle, idéale, c'est-à-dire que je retiens mieux des idées dénuées de tout rapport temporel et d'autre part visuelle, car je me suis rendu compte que je photographiais des mots ou des bouts de phrase, et que j'étais capablesquelques mois plus tard de me souvenir de la place qu'ils occupaient sur la page du manuel.
Un remède?
Le prisme
Comment trouver de l'intérêt, comment continuer à travailler dans les matières que j'étudie, alors même que dans le fond je ne convoîte ni le prestigieux concours et qu'a priori, je n'ai nulle envie réelle de continuer l'allemand à la fac?
Et bien un de mes points d'accroche du moment -j'en tisse le plus possible- c'est Lévi-Strauss. Un samedi après-midi ça devait être début octobre je lisais un livre d'histoire
Contre-révolution, Révolution et nation en France, 1789-1799 et je n'y comprenais fichtre rien. Mots lourds. Phrases complexes et complexantes. Références pléthoriques non explicitées. Un peu désespéré je suis allé faire un tour les vents me portant dans la librairie du centre-ville. (au hasard!)
Et boum!
Alors que j'avais l'intention d'acheter un Julien Gracq pour découvrir -d'ailleurs ils ne l'avaient même pô- je tombe sur
Tristes Tropiques. Couverture alléchante il est vrai titre curieux aussi. Et surtout un auteur de renommée internationale. J'me suis dit que c'était bon de l'avoir chez soi. Je l'achète hyper-motivé mais en ayant conscience qu'il finira comme les autres en rangée au pied de mon lit, victime d'une lubie à la Pierre, et qu'il contribuera hypocritement à l'effet bohème de ma chambre.
Finalement j'ai pas mal avancé en restant tout aussi enjoué. Epaté même par la portée englobante voire universelle de l'ouvrage. Décrire, comprendre & percevoir des règles propres aux sociétés primitives quelle mission! Ca me plait c'est sûr. Or dans son livre Lévi-Strauss semble piquer un peu de tout partout. Références historiques, littéraires, philosophiques, géographiques etc. Tiens donc ne serait-ce pas précisemment les matières que j'étudie?

Ainsi je m'amuse à regarder ce livre comme un prisme que je peux réutiliser. Un prisme diffracte la lumière en une kyrielle de petits rayons. Et moi en prépa je fais le chemin dans l'autre sens. En apprenant à maîtriser tous ces petits rayons je tente de rejaillir de l'autre côté du prisme et de construire quelque chose de cousu de consistant de construit d'une solidité qui me satisfait.
L'image du prisme pour l'instant m'aide alors à ne pas trop me perdre.
Inéquation
Version d'allemand
+ Thème d'allemand
+ Exposé en allemand sur la Turquie
+ Révisions colossales pour une dissert' d'histoire
+ Relecture des Lettres philosophiques de Voltaire & un gros poly à ce sujet
+ Attrait en déclin pour la khâgne
+ Résurgence d'un chagrin d'amour refoulé
=
Vacances ?
Divergences
Je me suis rendu compte qu'il y avait une grande différence entre Jospin et moi. Le plus beau jour de ma vie fut quand mon beau-fils Daniel entra à L'Ens, déclare-t-il dans le Nouvel Observateur. C'est d'ailleurs à cette occasion que je me suis réconcilié avec Fabius.
Hébé!
Si je réfléchis bien des jours les plus beaux j'en ai eu de nombreux. Mais si à la fin de l'année je devais avec une chance infime rentrer dans cette école majestueuse je pense qu'il n'en ferait guère partie. Bien au contraire. Ca me pertubrait grandement. Et je ne peux m'empêcher de voir quelle serait ma réaction avec mon propre fils. C'est bien fiston lui dirais-je, te voilà embarqué dans une belle galère maintenant.
Aujourd'hui vendredi jour divin ô tant attendu. Celui de la sortie des classes. Ca par exemple c'est un beau jour. Je gomme enfin ce grand lycée quelques temps de mon champ visuel. Mes dernières heures passées furent un échec déplorable, une dissertation de Lettres dont le sujet m'a plus embrouillé que stimulé. Pour une étrenne de stylo plume ce fut un fiasco.
A la sortie grande bouffée d'air. Enfin un peu de liberté qui se colle à la peau mais dont on a encore un peu de mal à profiter. Et après
ça vient. Cette impression plaisante de pouvoir détendre le temps et d'arrêter enfin ce funambulisme (op)pressant propre aux périodes de cours. Je vais me balader avec des copines dans Paris. Je fais une longue sieste. En me réveillant je contemple la luminosité des rideaux je scrupte les détails sans ce sentiment de culpabilité habituel. J'arrive presque à me laisser aller.
En khâgne le jour des vacances a quelque chose d'exultant. Loin d'être désoeuvré -ce qui m'arrivait auparavant- c'est un sentiment de regénération latente.
En khâgne le jour des vacances est un beau jour.
Prolongations
Nous avons d'habitude cours de Lettres une semaine sur deux -alternance de la khâgne A et de la khâgne B- de 13h30 à 15h30, traditionellement scindés par une mi-temps entre les deux heures.
Or pour la première fois cette année le professeur a pris les deux classes réunies dans la même salle et pendant quatre heures -tradition sempiternelle & bien connue- et ce jusqu'au concours.
Il faut déjà s'imaginer faire rentrer 97 khâgneux dans les gradins! Ce n'est pas une mince affaire. D'ailleurs ce fut clairement la loi de la jungle. En arrivant j'ai vu que des petits malins avaient déjà réservé leur place d'honneur en ayant prédisposé leurs sacs sur les tables pendant la récréation. Pour les autres traîne-savates comme moi le début du spectacle fut rude. Mis sur la lignes de touche. Ce fut alors un défilé anarchique de chaises. Disposées un peu partout dans la salle, cela compactait pas mal les rangs. Et manquant de tables je suis allé en chercher une avec une co-équipière dans la salle de classe mitoyenne pour l'installer perpendiculairement à l'estrade où se tenait le professeur, que je vis ainsi pour la première fois de très près et de profil pendant un si long temps. Places aux premières loges.
97 khâgneux dans le même stade c'est beaucoup. Le silence est dur à imposer, mais après des coups de livres sur le bureau, le public se tait et écoute.
Le match en lui-même fut rude lui aussi. Bien qu'une tri-temps nous fut accordée, se concentrer pendant quatre heures a été douloureux. Au fil des heures, commes elles ne sont pas théoriquement obligatoires, les moins endurants quittent la salle. On a pas la chance d'avoir des suppléants, on doit tenir. Ne pas décrocher le ballon, attendre patiemment le coup de sifflet final. Arrête de tourner ta tête Pierre et de regarder l'ensemble de la classe!
Un peu avant la fin comme beaucoup je suis hors-jeu. Je ressors laminé, mais un entraînement hebdomadaire m'endurcira. Et je suis surtout ébahi par la performance de Zidane, notre professeur, qui nous rajoute courageusement ces heures sans être payé et qui effectue sa performance dans la bonne humeur. Heureusement, pas de tirs au but.
L'expatiré
de notre correspondant à l'étrangerTexto de Virgile mon ancien collègue :
alors tu viens ce week-end ou pas ?Petit bémol il habite en Normandie. Pour un khâgneux ne serait-ce qu’un peu stressé la Normandie c’est Tombouctou. Loin de chez soi est-il moral d’effectuer un voyage si long ?
Je réfléchis. Je pèse le pour et le contre. Le plaisir et la culpabilité ou l’ascétisme et fierté stoïcienne. Au bout de quelques minutes tout s’éclaire ; ce duel n’est pas si cornélien. J’irai en Normandie aussi pour travailler.
Excellente initiative. Je retrouve un lieu qui m’avait marqué en juin dernier et je me promène à vélo dans les sinuosités normandes -évasion spatio-temporelle. Hier soir j’assiste à un concert de blues dans le Comité des Fêtes du village d’Authou -évasion culturelle. Et nos discussions sans cesse réitérées qui ont façonnées mon être l’année précédente -évasion philosophique.
En venant je me suis fixé un but. Finir de relire les Contes de Perrault en vue d’une dissertation vendredi. Dimanche 13h00 je n’ai lu que la moitié. Je lis lentement et laborieusement. Je préfère penser et contempler les objets. Tant pis. Je ne regrette pas une seconde.
Entre la cuisine gourmande et l’oubli du quotidien je suis joyeusement dépaysé.
Et pourtant. Ca passe vite 48 heures.
Montagnes russes
L'espoir d'un progrès linéaire s'effrite, place aux sinuosités débridées, 1/20 en thème d'allemand. Note la plus mauvaise. Un 1/20 symbolique qui équivaut en fait à la bulle tant redoutée. J'y ai quand-même passé plusieurs heures. Plein de fautes d'étourderies comme toujours mais quand-même.
Confiance en soi ébranlée. Et ce sentiment nouveau, celui de se sentir cancre (dans un groupe donné) : ne plus oser des bravades qui semblaient auparavant si naturelles avec le professeur. Ce que je faisais sans m'en rendre compte au collège lycée voire en hypo. On se fait petit.
Ces montagnes russes en cours d'allemand qui zigzaguent toujours dans les profondeurs y'en a marre.
L'éternel retour
Le présentateur de France Inter me réveille plus tôt que d'habitude. Tiens réveil déréglé ça ne me ressemble guère.
Eveil.
Boule dans le ventre. Mais pourquoi.
Ô fleuves damnés. Aujourd'hui je me souviens je passe mes deux khôlles. Allemand & histoire. Du jamais fait. Aussi ais-je prévu de réviser l'histoire de 5h45 à 7h15. Quel monde.
Et je me revois l'année dernière, boules après boules, ventres congestionés à jamais. Détestant ce système voulant m'enfuir à toutes jambes. Cette trouille latente avant l'heure butoire. Puis la résignation finale. La mémoire efface ce genre de souvenir pénible pour ne garder qu'un tri constructivo-positif. J'avais presque oublié.
C'est ce que j'ai ressenti jusqu'à cette après-midi. Impossible de surmonter de m'en détacher c'est décidemment plus fort que moi.
Pendant l'entretien même si je m'écroule ça passe déjà. Je me sens mieux.
jusqu'à?
Les commandements
Alors que je faisais mon footing hebdomadaire dans la forêt, l'Expérience, tout droit sortie d'un buisson ardent, me remit une table, dont j'ai jugé bon de recopier les préceptes, l'original étant encadré sous plexiglas dans ma chambre.
Table. Comment survivre en prépa.
- Pyschologiquement, détaché tu vivras. Conscience tu prendras par exemple que des milliers de personne sont passées par là avant toi et que ta condition n'est jamais la plus à plaindre.
- Extérieurement également détaché tu vivras. Cela se concrétisera par au moins une sortie par semaine, plus si tu as confiance en toi. Si la flemme soudain te prendra, alors par des lectures discursives ou ce que tu veux tu te détendras.
- Dans chaque lecture, un intérêt voire du plaisir tu chercheras. Chacune, par sa différence, quelque chose de précieux t'apportera.
- Tes notes tu ne regarderas pas. Que valent-elles? Toi aussi, après tout, tu peux griffonner un chiffre rouge sur une feuille.
- Ton temps tu organiseras. Assomé par des masses de travail épouvantables, une limite tu devras t'imposer. Les petits débordements seront autorisés, mais pas trop quand-même.
- Tes cours souvent tu reliras. C'est dur à accepter.
- Enfin ton sommeil tu maîtriseras. Tu ne te coucheras pas par exemple à l'heure de rédaction de cet article. Six heures trente de sommeil suffisent normalement. La sieste est préconisée.
- Commandement bonus: cette table tu imprimeras, et au-dessus de ton bureau tu la punaiseras.
J'ai été aussi stupéfait que vous par l'austérité de cette étiquette. Ah si seulement je pouvais respecter toutes ces règles...
Petit week-end
Première fois week-end raccourci rentrée maison à 14h00 pfff je suis crevé ma première semaine de six jours tête encore un peu en compote. Allez petit effort pour faire un article compréhensible.
Ce fut ce matin ma première dissertation khâgnée, philosophie à l'honneur. Beaucoup de révisions pour pas grand chose finalement car ça ne m'a pas servi. Que du jus de cerveau. Car en plus
on m'avait prévenu, le professeur n'aime pas quand on cite les auteurs. Si tu cites plus de trois auteurs tu as moins de huit.
On rentre en cours. Je suis stupéfait de voir que tout le monde est vraiment décontracté, moi y-compris. Ca doit être le vide du lycé du samedi qui s'éparpille dans nos cerveaux embrumés.
sujet: Le travail et le pouvoir - 8h - 13h Heureusement on avait le droit à un petit message rigolo du prof, quoique déconcertant:
Sans documents (tu parles!) Si j'avais su j'aurais ramené mon cahier mes livres mes fiches Virgile et des antisèches.
Et me voilà parti à griffonner un brouillon. J'ai n'ai qu'une seule peur: ce n'est pas celle de l'échec. Non non. J'ai peur d'être assaili des mes affres métaphysiques qui me prenaient quand je faisais une dissert l'année dernière. Je l'ai évoqué dans hybloghagne. J'ai peur de me noyer de me perdre dans les concepts que je triture de ne plus accrocher au réel. De m'enfumer. Je résiste en me détachant. Tout ce que j'écris n'a pas d'incidence sur ma perception du réel me dis-je sans cesse. Et ça marche à peu près. Ce sentiment insupportable prêt à bondir se tient sage pour cette fois-là. Domestiqué.
Ceux qui m'entourent écrivent pas mal. Entre les cubes et les spécialités philo, faut pas s'étonner.
Les cinq heures passent. J'écris ma conclusion-bâteau dans les quelques seondes restantes. 13h sonnent le professeur écrit pour nous taquiner:
C'est fini! (nananère)
Héhé. Pile ce que me dis.
Détectives
Je me figure les cours de lettres comme une vaste formation-enquête à résoudre de toute urgence avant le devoir sur table qui sera sans pitié et frappera d'un coup sec si l'on ne le maîtrise pas.
Un détective formateur. Une quarantaine de novices.
Notre domaine d'investigation: trois cents pages, en prose et en poésie.
Notre mission: résoudre plein de problématiques plus subtiles les unes que les autres et savoir à la fin ce que valent et représentent les
Contes de Perrault, en tenant compte de l'époque.
Nos moyens d'action: tous les coups sont permis. Emprunter des critiques et les lire, s'échanger des fiches entre collègues pour gagner du temps, lire et relire le texte etc.
Les cours sont donc des formations. Notre supérieur nous fait beaucoup de cours théoriques, pour nous aider à cerner la pièce à conviction. Une de ses méthodes pédagogiques: la répétition. Faire rentrer les renseignements coûte que coûte dans le crâne de ses élèves. Efficace.
Et ensuite glissement vers la pratique pour tester notre vivacité. Eh alors ça ne vous rappelle rien? nous demande-t-il. Allons, vous êtes mous, réveillez-vous un peu! Allons, vous êtes maintenant des détectives deuxième année [c'est-à-dire des khâgneux]! Oulà je sens que vous allez rendre votre insigne [vous êtes faits pour les maths]. A quel moment avons-nous déjà parlé du genre précieux? Je veux que vous arriviez à rassembler les indices de manière intelligente [trouver les passerelles entre les textes], c'est ce qu'on vous demandera à la fin de l'enquête [à traduire par ENS]. Sinon le criminel vous aura [la dissertation]. Apprenez aussi à dégainer [à lire vite].
Moi j'adore cette enquête. Sauf que je dégaine pas très vite et les indices me passent sous souvent le nez. Tant pis, j'en viendrai aux mains s'il le faut!