26.1.06

Michel Vovelle


Lakanal organise des conférences aux thèmes variés, ouvertes à tous. Parfois spécial-khâgneuses en rapport avec le programme de cette année. Parfois non. Comme Chavez et le Venezuela, à laquelle je n'ai pu aller. Celle de Michel Vovelle fut ma première.

Depuis un mois sur les grandes portes, sur les affiches placardées, cette conférence était annoncée. Au même titre que les autres. Mais pour un khâgneux consciencieux, le nom de Vovelle scintillait: un grand historien de la Révolution, on ne pouvait louper ça. Politique extérieure du Directoire, tel était le sujet qu'il se proposait d'aborder.

Ainsi Vovelle est un grand universitaire. Professeur émérite. Il a écrit de nombreux bouquins patati patata à tel point que j'en ai retrouvé un qui trainaillait dans la bibliothèque de mon père. Alors je suis content d'y aller à cette conférence: tant par le sujet que par l'attrait curieux pour un professeur de renom.

Mon Dieu. J'arrive un peu en retard, m'installe. Petit vieux en face parlant dans son micro. L'introduction est confuse. Il nous dit qu'il va parler des Républiques-soeurs (Cisalpine, Batave...). Pas de grande problématique. Les idées s'enchaînent. Les noms. Les citations. Les infos. Tout ce qu'il dit est tiré de son livre déjà publié. Le ton est d'une montonie rare. On ne vit pas l'Histoire. On la voit pas. On vide l'Histoire. Retours en arrière, héritages, nouveautés. Allez hop! Démerde-toi. Il répète assez souvent qu'il ne détaillera pas ce point parce qu'on le connaît déjà. Alors que. Mémoire courte. Moi. Certains morceaux de phrases sont inaudibles. Pour ma part, je ne comprends pas grand chose de précis.

Au début je prends des notes sérieusement, me sentant à la fac avant la lettre. Chic. Autonome et libre je suis. Vite je décroche. Certains partent, une quinzaine en tout. Stupeur. Mais Vovelle ne voit pas. Il lit ses notes sans lever la tête, ou presque. J'hésite. Ceux qui partent sont des héros. Mes héros. Non je n'ose pas. Je reste. Discutaille avec mon voisin. Observe les autres pour me rassurer: ils semblent aussi affligés que moi. A la fin, pour me satisfaire pour moi-même, pour me donner l'illusion de refuser une situation qu'on m'impose, je sors Le Canard Enchaîné. Summum de la provoc. Tu parles.

Honnêtement. Qu'est-ce que ça veut dire? Comment captiver un public avec de telles ratiocinations? Des jeunes en plus. Certes interessés par un concours, mais qui veulent, je pense, vivre leur savoir. Un exposé fastidieux, sans trace d'originalité -ne serait-ce que minimale- n'est-ce pas la mort de la culture. Gloups. La fac, c'est ça? Un amphi? Un cours magistral? Soudain je bénis mes cours de prépa. Oh qu'ils me manquent! Non. Ne tire pas de conclusions trop hâtives. Ca tient de la personne. Il y a professeur et professeur. Si flippant pourtant. Détournement d'érudition.

Dernière pensée de remerciement, quand, sous le froid, après deux heures perdues, j'attends le bus du retour. Un peu dégouté. N'en faisons pas tout un plat. Car ce froid me ramène à des réalités plus essentielles...

3 Comments:

At 10:02 AM, Anonymous Anonyme said...

Il y a chercheur et profs qui veulent que leurs eleves comprennent quelque chose !
Je me souviens d'un de mes anciens profs de linguistique qui etait brillant dans ces recherches mais pour faire passer son savoir...c'etait une autre paire de manches !
Heureusement il y a aussi les Universitaires qui heure apres heure on toujours des etoiles dans les yeux quand ils parlent de leur specialite.
Je trouve que ceux qui ne se mettent pas au niveau des personnes qu'ils ont en face sont des elitistes ayant la grosse tete...mais bon ce n'est que mon point de vue.
N'est pas pedagogue qui veut !

 
At 1:54 PM, Anonymous Anonyme said...

ben oui, eh oh ne te fais pas des idées comme ça sur la fac juste parce que t'as vu un vieux encrouté dans son savoir dont la flamme ne brûle plus, si elle a jamais brûlée un jour...

 
At 9:10 AM, Blogger clémentine said...

c vrai que c décevant. Quand tu pense que devant toi tu as la chance et l'occasion de voir Michel Vovelle, ce nom qui si souvent revient dan ton historiographie de la révolution, je comprend la déception de Pierre. Mais c vrai aussi que c pas tous les prof. Dommage. Ca fait mal quand on détruit des mythes! ces figures! allez bonne journée à tous!

 

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