13.1.06

L'expérience troublante de Jean Genet

Ayé. Nous avons fini Voltaire. Voltaire et l'Optimisme. Voltaire et la raison. L'humaniste bienheureux, à la pointe des combats de joute contre la scolastique et autres maladies contagieuses.
Et directement nous avons commencé les deux pièces de Jean Genet au programme. Le Balcon et Les Bonnes. Aïe. Quel choc! Genet et le Mal. Genet l'homosexuel, fervent esthète du sordide et de l'érotisme dérangeant.

Genet déconstruit tout. Comment ne pas ressentir le malaise? La vie de Genet déjà, nous démolit. Il a décidé très tôt, pendant son enfance, d'en faire une légende. Très important. Une légende. Une sorte de sublimation permanente. Adolescent, il a fait le serment de devenir ce que la société fera de lui. On l'accuse de voleur? Très bien, il dira oui, et deviendra voleur. C'est que dès sa naissance il devient marginal. Abandonné par sa mère, assistance publique, recueilli par une famille de paysans, le "bagne" pour enfant dans une Compagnie agricole car accusé de vol, une vie d'errance, une expérience militaire chaotique, une vie d'errance, la prison en tout pendant quatre ans, avant que Cocteau ne prenne sa défense. Ca c'est la vie réelle. La vie sublimée, donc, c'est sa volonté poétique de se plonger dans le Mal, puisque la société le condamne. Inversion de l'échelle des valeurs. Il adule le meurtre. Il construit une hiérarchie des hommes. Son Dieu est le condamné à mort, surpuissant car il sait qu'il va mourir mais reste physiquement dans le monde. Ensuite viennent les hommes virils beaux musclés. Puis les vautours. Les faiblards. Qui ne l'attirent guère. Et Sartre le surnomme Saint Genet.

Les deux oeuvres. Les Bonnes, Claire et Solange, ne parviennent jamais à l'Être. Elles simulent, se plongent dans les miroirs de la fausse comédie, s'aiment et se détestent, tentent de se faire exister mais restent dans la réalité des Bonnes, telles que la société les perçoit. Un drame métaphysique. Le néant les enveloppe, il flotte, le non-être est. Bien sûr tout cela n'est qu'un rêve, le produit d'un fantasme, tentative désespérée. Dans le Balcon des hommes viennent dans un Bordel. Ils peuvent assouvir leurs pulsions sexuelles, mais aussi leurs fantasmes de pouvoir. Ils deviennent Eveque ou Général. Ils n'existent pas plus. Ils veulent remplir des fonctions, mais doivent au préalable passer par la mort. Et au loin se profile une Révolution, chaotique et presque irréelle, pourtant dans la réalité, mais qui ne se survit pas.

Alors moi devant tout ça je suis un peu troublé. Fasciné non. Genet, un génie, élève quasi-surdoué et lecteur averti, qui se complaisait dans l'Enfer (son bagne, la prison) et crache un feu de mots ciselés. Un génie déchu, emprisonné par son génie, ou que sais-je. Un Genet dont l'imaginaire a bouleversé la conception du réel, et moi si loin. Mal à l'aise. Brrr.

2 Comments:

At 8:05 PM, Anonymous Anonyme said...

Il a réussit son but, alors, si tu es si mal en point avec lui!! moi j'adore, perso, "si mon théatre pue cest parce que le monde sent bon"..
bravo pour ton article en tout cas! très bien écrit! :o)

 
At 10:08 PM, Anonymous Anonyme said...

ouaip, bravo missié pierrot, et merci plus plus plus pour le poncho (c'était aussi pour la rime et la dynamique de la phrase).
iln'y a que ça de vrai, des auteurs qui te plongent en dedans, le reste est vide.... :)

 

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