3.5.06

Chapeau!


Allez. En deux mots. Le concours, puisqu'il me semble que c'est le but officiel assigné à la classe préparatoire. Le concours donc, sa vie, son oeuvre. Comment je l'ai vécu aussi; voilà le programme du jour.

Hier, mardi, ce fut la dernière épreuve. Le thème. Aha. Le fameux, l'Unique. On l'avait presque oublié celui-là. Cet exercice qui m'a tant découragé cette année. Malédiction chérie. Celui du concours n'était pas aussi difficile que ceux donnés en classe. Ici, pas de Zola, Flaubert ou Maupassant. On avait à traduire un texte de Jean-Philippe Toussaint, Monsieur. Inconnu au bataillon. Pendant ces quelques heures, j'ai eu l'impression d'échapper à ma destinée de raté du thème, les mots teutons venaient se poser tranquillement sur mon brouillon rose (les couleurs se renouvellent peu) et formaient presque une mélodie joyeuse dans ma tête. Seul hic: j'ai fait un barbarisme pour traduire le mot addition (resto). Ca me coûtera cher. Je ne m'en remets pas, j'avais demandé ce mot cette année dans un resto chinois en Allemagne et là, incapable de le retrouver. Plus 1000 petites fautes qui m'ont échappé sur le coup.

Dans l'ensemble, je suis satisfait de moi-même. Sans prétention ni rien. Je m'explique. Il y a eu une merveilleuse rencontre entre les efforts fournis sur le long terme et la réflexion immédiate demandée pour l'examen. En gros, "je ne me suis pas fait faux bond" pendant ces quelques heures aléatoires. J'ai fourni ce que je pouvais attendre de moi. Marché conclu. Satisfaction qui vient aussi du fait que j'ai pris du plaisir à disserter: ce qui peut arriver de mieux dans une dissertation, je trouve, c'est de s'accrocher à des nouvelles idées qui surgissent d'on ne sait où au cours de la réflexion. Des idées-lucioles. Un paragraphe s'achève sur un concept que l'on a minutieusement introduit . Et, chose imprévue, ce même concept nous embarque complètement ailleurs; il permet de dévoiler de manière limpide une idée enfouie. Pendant un quart de seconde, les réseaux de neurones deviennent autoroutes allemandes. Pas de limitations de vitesse. Jusqu'au prochain péage.

Ce fut le cas pour l'histoire, les lettres (une citation de Sartre sur Genet) et la philo (peut-on dire que seuls les humains travaillent?). Par contre, j'ai maudit le sujet de géo qui a fait ramer bon nombre d'entre nous, d'après les echos: Pôles, flux et réseaux dans l'espace baltique. Peut-on dire que j'ai réussi? Ah, dur de se prononcer. J'ai déjà réussi pour moi. C'est énorme. Un gouffre quand on y pense. Si on m'avait dit qu'un jour. Dans la salle. Avec autres khâgneux. Peut-être la sous-admissibilité. Ce serait pas mal. Juste pour moi. Pour me montrer que.

Hé c'est pas rien les cocos! C'est le concours le plus dur de ma vie qui est derrière moi. Paraît que même l'agreg, proportionellement à notre maturité, c'est plus facile. Repos mérité. Chômage technique jusqu'à juin, au moins. Récompense bien consommée dès hier soir. Et encore une fois je retourne en Allemagne (décidément) avec le groupe de germanistes. Berlin. Berlin. Wouh!

C'est marrant comme on se sent seul après un tel concours. Egotiste, pendant cette longue semaine, j'avais le sentiment de remuer le cosmos. De participer au renversement d'un mouvement universel. L'ENS quoi! accompagné des autres. Mine de rien, les révisions, flipper le matin et tout le bavardage autour des épreuves, ça créé des liens. Pis retour dans les chaumières, retour au train-train. Ciao la compagnie, mission accomplie.

Tiens, le titre, avant que j'oublie, certains le comprendront un peu plus!

Deux semaines de vacances donc. Puis pendant un mois, retour à Lakanal pour préparer les oraux. On se tient au courant d'ici-là?

2 Comments:

At 9:50 PM, Blogger apostille said...

Je n'ai rien d'autre à faire qu'à tirer également mon chapeau. Quel parcours jusqu'à ce fameux concours de l'ENS... Et quelle sensation puissante ça doit être que de prendre du plaisir lors de des ultimes travaux écrits... Waou.

 
At 1:25 PM, Anonymous Anonyme said...

Hé ben... ! rien à dire, seulement bravo...

 

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